Chaque jour se poursuit, et je me demande quand sera mon jour, celui où plus rien ne pourra m'atteindre, ni m'affecter. Je pense avoir changé. Depuis ces deux mois de merdes, où j'en étais presque à me couper les veines à ne pas savoir quoi faire, je pense avoir acquéri quelque chose de nouveau, quelque chose de neuf, quelque part dans ma tête. C'est pas de la maturité, c'est de l'expérience. Je crois avoir découvert quelque chose de totalement étranger, et je découvre ce que c'est jour après jour, parce que cette merde ne me lâche plus, il n'y a pas une journée qui passe sans que j'y pense, sans que j'y souffre. J'en viens aux médoc's, à la défonce, à la déconne, à rien de bien sérieux, juste dans l'espoir de plus y penser.. Ça a marché, un certain temps, maintenant j'en veux plus, j'en veux toujours plus, parce que j'ai beau chercher, je trouve jamais de réponses aux questions que je me pose. Je suis une gamine de merde de seize ans, qui fait chier tout le monde, qui montre qu'elle a pas de c½ur, pas de compassion, qui hait tout le monde, et que tout le monde hait. Dans le fond c'est pas ça, et peu de personnes le savent. Certaines personnes ne peuvent même pas y penser, ils se contentent de démonter ce qu'ils voient, parce qu'ils ont rien vécus, parce qu'ils peuvent pas imaginer qu'en creusant un peu, y a bien plus de choses que ce qu'on montre en surface qui refoulent. Puis y a les autres, ceux qui sont trop curieux, parce qu'eux non plus ils comprennent rien, et ils creusent, ils creusent encore, mais ils trouvent rien, ils sont paumés et ils laissent tomber, en se disant que t'en vaux pas la peine, que si tu t'ouvres pas à eux, c'est qu'ils ont jamais compté pour toi. Ils peuvent pas comprendre en même temps, même moi je comprends rien, je comprends à la vie, à ce que je vis & à ce que je vois, je sais pas ce que je veux, mais j'en veux toujours plus. Ils sont là, mais ils sont pas là en même temps, ils t'énervent pour un rien, ou c'est plutôt leur ignorance qui te blesse, qui te fait te refermer sur toi même. Puis tu te dis, merde, j'en ai rien à foutre de tous ces gens, et tu te défonces, t'oublies, pour quelques heures, pour quelques nuits. Puis après, y a ceux qui savent, c'est ceux là qui comptent vraiment. Moi j'en connais qu'une seule, de ces personnes qui te prendront pas pour une tarée sortie de l'asile si tu leur raconte ta vie en long et en large, si tu te défoule la blinde sur ta ' misérable vie ', si tu leur parles que de toi tout le temps, si tu crois que t'es la seule à souffrir, et oh oui mon dieu, tu penses souffrir énormément, plus que jamais, plus que n'importe qui, mais bordel ce que tu peux te tromper. Eux ils savent, ils comprennent, et même si quand t'es avec ces personnes, cette personne, tu penses qu'à lui raconter tes merdes, à parler de toi & seulement toi, ben tu fais pas uniquement ce que tu penses, tu vas mettre le frein à partir d'un moment, et tu vas l'écouter à ton tour, pour bien te rendre compte que t'es pas la seule à avoir des plaies. Enfin, tout ça, moi je le dis, je le dis pas, je m'en branle, comme d'habitude, j'en ai absolument rien à foutre de ce qu'on peut penser, et pourtant je le sais, qu'on en pense des choses, c'est plutôt un truc inévitable. D'un côté y a les hommes, & de l'autre y a les femmes, deux personnalités opposées qui ne cessent de s'attirer. Étrange phénomène quand on y pense. Mais trop de pensées font trop de dégâts. J'ai juste envie de dire bien haut & fort, de lui crier à la gueule que je l'emmerde d'une force qu'il peut pas imaginer. Il ne peut pas imaginer comme je ressens le creux qui s'est formé dans ma poitrine depuis.. Il m'a fait souffrir, et d'un côté je le remercie, d'un côté je le méprise. Y a ce côté où la gratitude l'emporte, parce qu'il m'a fait ressentir de nouvelles choses, même si ce sont pas les meilleurs, vaut mieux que ça arrive, moi je préfère pas que ça tarde trop. Et puis y a l'autre, mais celui là tout le monde le connaît, celui où tu sais plus ce que tu fais, mais t'avances, comme un somnambule, complètement insensible au reste, il ne te reste plus que ça, plus que ton mal. Ton mal & toi, & cela pendant des jours, des semaines, des mois, des années. Tu ne cesses jamais vraiment d'y penser en fait, mais tu te tais au bout d'un moment, parce que tout le monde en a marre de te voir inerte, de mauvaise humeur sans cesse. Et tu perds tes proches, tu n'attires plus les personnes que tu ne connais pas, ils ne voient plus rien d'intéressant en toi, et ils ont raison, tu deviens inintéressante, inutile et tu le sais, mais tu peux plus rien y faire. Tu contrôles rien, mais ta vie se poursuit, les gens changent autour de toi, tu remarques rien, t'en as rien à foutre. Toi aussi tu changes, intérieurement surtout. T'attends la dernière chute qui n'arrive jamais, tu la redoutes, mais tu la veux plus que tout en même temps, comme la gifle que tes parents menaçaient de te donner quand t'étais môme. Tu la craignais plus que tout, parce que t'avais pas envie d'avoir mal, d'avoir encore plus mal, mais d'un autre point de vue, ton petit côté rebelle était déjà là, et tu sais que si tu la reçois, tu pourras te défouler, et tu pourras leur faire regretter. Malheureusement, ce moment n'arrive jamais, alors au bout d'un certain temps, tu vas tenter de reprendre ta vie en main, comme on dit. Tu vas recommencer à parler de la pluie et du beau temps à tes potes, à leur raconter des couilles, les faire rire, rire aussi, pour se remettre dans le bain tout doucement.. Tu vas te remettre sur tes petits pieds qui étaient devenus trop fragiles pour porter ta grosse carcasse pleine de peine, de rage et de haine, et tu vas recommencer à marcher, puis petit à petit tu courreras, tu chercheras un nouvel appui, parce que t'es plus habitué à rester debout, ça t'épuise. Quand tu le trouves, tu te sens mieux, bien mieux que tu l'as plus été depuis longtemps, mais t'as toujours cette boule d'angoisse dans le bide, t'as trop peur que tout recommence. Et là, pile à ce moment là, tu vois que t'as changé. Tu ressens le changement en toi, t'es méfiante, plus du genre à foncer tête baissée, tu sais pardonner, pour ne pas décevoir, tu sais jouer la comédie, pour pas passer pour celle que tu es, mais pour celle qu'on veut que tu sois. Tu apprends la vie, tu la vois telle qu'elle est au moment présent, tu ne regardes presque plus derrière toi, juste un petit coup d'½il de temps en temps, histoire de se taper un gros bad, histoire de ne pas oublier ce que t'as vécu. Tu aimes ressentir les choses, la nostalgie, même si elle est mauvaise, le plaisir, même s'il est fictif. Tout redémarres en douceur, tu essayes de suivre l'histoire, de ne plus perdre le fil, parce que l'aiguille s'était perdue depuis trop longtemps, pendant un trop long moment. Puis tout s'accélère, comme les battements de c½ur d'un nouveau né, le pull se tricote rapidement, tu arrives très vite à un joli petit ensemble coloré, avec des motifs, et t'es heureuse, enfin. Tu vas prendre ton pied, t'éclater, te défoncer la gueule, mais plus de la même manière qu'avant, avant c'était pour oublier, maintenant c'est pour t'éclater, pour jouir de ta renaissance, et bon sang comme ça fonctionne bien ! Tu te sens bien, tu fonces dans tout, tu te déglingues tout le temps, en fait tu passes à côté de l'essentiel, mais t'en a carrément rien à secouer, parce que t'es bien dans ta tête, bien dans ton corps & dans ton âme, et ça c'est gravement génial. Tu vas en mettre plein la gueule à tous ces gens ignorants qui t'ont tant regardée auparavant, qui t'ont tant jugée, qui ont trop pensé, et tu prends un de ces pied de malade, clairement le meilleure de toute ta vie. Meilleur que tout ce que t'as vécu, meilleur que les taules, que les médoc's, que l'oubli, que la baise. Meilleur que tout parce que ces pauvres types quand ils te voient t'éclater ils te mattent avec des des grands yeux ronds, et ils comprennent toujours quedale. Toi t'es là à faire le guignol devant, et tu te marres, ouais tu te marres bien trop.